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INTERVIEW |
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Après avoir subi plusieurs fermetures de vols réguliers, Jean-Christophe Minot se réjouit de l'ouverture de lignes Ryanair vers Marseille
(ci-dessous) depuis octobre, vers Pise à partir du 6 juin et vers Alicante à compter du 7 juillet. |
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« Nous entamons la refonte complète de l'aérogare »
Transport aérien Jean-Christophe Minot, président de l'aéroport de Lille-Lesquin
E&M : La compagnie low cost Ryanair vient d'annoncer deux nouvelles lignes. La fin d'une série noire ?
J-C.M : Les arrêts consécutifs, ces dernières années, de plusieurs destinations opérées par des compagnies low cost n'avaient rien de spécifique à notre aéroport. La compagnie polonaise Centralwings a stoppé tous ses vols vers Cracovie et Varsovie à cause de la chute du zloty polonais, qui a perdu 50 % de sa valeur. L'italien Myair a lui aussi mis fin à tous ses vols, dont Milan et Venise, y compris en partance des autres aéroports français de province. Même chose pour Ibéria qui a supprimé beaucoup de lignes vers l'Espagne, en plein marasme économique. L'ouverture d'une ligne Ryanair vers Pise, en Italie, à partir du 6 juin et vers Alicante, en Espagne, le 7 juillet, est toutefois une bonne nouvelle. D'autant que nous constatons que le marché s'agrandit. Prenons l'exemple de la navette que Ryanair a mise en place vers Marseille en octobre, deux fois par jour, alors qu'Air France opère déjà trois vols quotidiens vers la cité phocéenne. Nous constatons que les deux offres sont complémentaires : 30 % des passagers Ryanair sont des personnes qui prennent l'avion pour la première fois. D'ailleurs, Air France représente toujours à lui seul 55 % du trafic total de notre aéroport, une grande partie du solde correspondant aux vols “vacances”.
E&M : Que pouvez-vous faire pour convaincre des compagnies d'installer de nouvelles lignes à Lille ?
J-C.M : Ma mission consiste à attirer des vols qui répondent à un besoin du marché. Nous étudions donc diverses possibilités, que ce soit en Europe ou même en vol intercontinental. Nous proposons déjà des voyages long-courriers vers l'Amérique ou l'Afrique via les hubs de Casablanca, d'Alger et de Madrid. Prenons l'exemple de l'Asie : cette destination n'entre à priori pas dans la vocation d'un aéroport comme le nôtre, mais je suis convaincu que des compagnies vont finir par y penser. A nous de leur faire des suggestions, et de veiller au développement de l'aéroport de façon maîtrisée et pertinente.
E&M : C'est à dire ?
J-C.M : Le cycle de développement d'un aéroport est long et lent. Nous venons de commencer la refonte complète de l'aérogare passagers qui devrait s'achever en mars 2010. L'investissement global dépasse le million d'euros. Le chantier du hall d'accueil, au niveau bas, a débuté en mai. Nous allons aussi réorganiser les parkings et mettre en place de nouveaux services, comme le nettoyage des véhicules avec des procédés écologiques. Les travaux du niveau supérieur seront quant à eux entamés en octobre, au début de la saison basse, sans rupture de l'activité. Nous prévoyons d'agrandir l'espace des salles d'arrivée et d'embarquement, de proposer des services de cafétéria du côté avion, c'est à dire une fois passés les contrôles de sécurité, ce qui n'existe pas pour le moment. Les pistes font elles aussi régulièrement l'objet de rénovation. Nous avons récemment refait en une seule journée les 400 mètres de piste de la zone de « toucher » [la partie de la piste où les trains d'atterrissage entrent en contact avec le tarmac, ndlr]. 600 personnes et 400 camions ont oeuvré pour déblayer 10 000 tonnes de gravats et poser 11 000 tonnes de macadam. Dès le lendemain, les avions se posaient à nouveau sur la piste... Nous sommes par ailleurs très attentifs aux nuisances, en particulier au bruit généré par le trafic auprès des riverains. Nous menons dans ce sens une politique de dialogue avec les populations locales et avons mis en place un système de contrôle de la trajectoire et de la répartition sonore pour être à même de mieux analyser le problème.
E&M : Quels sont les atouts de Lille-Lesquin comparé à ses concurrents ?
J-C.M : Je vous répondrais par une devinette : le matin, je travaille à Paris, l'après-midi à Bruxelles, le soir je dîne à Londres et en fin de journée je m'endors à Lille... Qui suis-je ? Un Lillois bien sûr ! Lille est au coeur des trois grandes capitales européennes. Mais vu leur proximité, ces destinations sont déjà bien desservies par les réseaux autoroutier et ferré. Il faudrait être idiot pour affirmer que le TGV n'est pas un bon outil. Conséquence : Lille-Lesquin ne dispose d'aucun vol direct pour Paris, Londres ou Bruxelles. En revanche, nous sommes présents vers de nombreuses villes françaises, ainsi que vers le Maghreb, et sur les vols “vacances” pour la Tunisie, l'Egypte, la Grèce, la Croatie, les Baléares... Soit plus de 70 destinations. Si vous retirez Paris, Bruxelles et Londres aux autres aéroports de province, vous verrez qu'il ne restera pas grand chose...
Entreprises & Management : L'aéroport vient de changer d'exploitant. Pouvez-vous nous détailler sa nouvelle organisation ?
Jean-Christophe Minot : Depuis les lois de décentralisation de 2005, sa propriété a été transférée de l'Etat au Syndicat mixte des aéroports de Lille-Lesquin et de Merville (Smalim), regroupant le Conseil régional, Lille métropole communauté urbaine et la Communauté de communes de la Vallée de Lys. L'an dernier, le Smalim a décidé de déléguer l'exploitation de Lille-Lesquin. C'est le pool regroupant la CCI Grand Lille (61%), Veolia Transport (34%) et Sanef (5%), qui a remporté l'appel d'offres en novembre dernier [face à Vinci Airports, ndlr]. Nous sommes donc gérés depuis le 1er janvier par ces trois acteurs réunis dans la Société de gestion de l'aéroport de la région de Lille (Sogarel).
E&M : La grippe mexicaine a-t-elle un impact sur vos activités ?
J-C.M : Non, car nous n'avons pas de ligne directe avec le Mexique. Je ne pense pas que cela ralentira la croissance du trafic passagers de 1 à 4 % que nous enregistrons depuis le début de l'année. En revanche, nous restons en alerte, au même titre que les autres aéroports : nous avons reçu un stock de masques prêts à servir en cas de besoin.
Propos recueillis
par Pierre-Yves Bocquet
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