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Issus de formation technique, les artisans n'ont pas toujours les compétences requises pour jongler avec les différentes casquettes qu'impose le statut de chef d'entreprise.

Avoir du talent ne suffit pas

Avoir de l'or au bout des doigts est une chose, savoir gérer une entreprise artisanale avec doigté en est une autre. Quelques conseils pour éviter les mauvaises surprises.

1-Trouver le bon statut.

« Choisir les statuts fiscaux d’une entreprise, c’est comme choisir un costume : tout va dépendre de la personne », compare-t-on à la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). Pas de réponse toute faite, donc. Mais quelques pistes de réflexion... Pour Stéphanie Bekaert, responsable de la Boutique de Gestion Espace (BGE) de Lens, quitte à créer sa boîte, autant ne pas s’associer : « Il arrive encore trop souvent qu'une SARL soit dissolue parce que les cogérants ne sont pas d’accord ». Et contrairement à une idée reçue, travailler en solo n’empêche pas de trouver des partenaires pour répondre à de gros appels d’offres. « Beaucoup préfèrent le statut de société pour protéger leurs biens personnels, mais c’est un faux prétexte car une simple déclaration chez le notaire permet de protéger sa résidence principale », ajoute-t-on à la Capeb. Pour faire le bon choix, il ne faut donc pas hésiter à écouter plusieurs sons de cloche, auprès des différents intervenants comme les chambres consulaires, les organisations professionnelles, les comptables ou les avocats spécialisés en droit des sociétés… Enfin, Didier Herduin, agent de développement économique de la Chambre des métiers du Pas-de-Calais, rappelle qu’il est souvent plus facile de reprendre une affaire, en rachetant l’emplacement, le matériel, le savoir-faire et le nom, que de démarrer de zéro !

2-Financer ses débuts.

C’est le nerf de la guerre. L’erreur à ne surtout pas comettre, c’est de s’autofinancer sans passer par la case banque. « Beaucoup de créateurs commencent avec du matériel qu’ils possèdent déjà, constate Stéphanie Bekaert. Cela peut être considéré comme une erreur de gestion : non seulement, emprunter pour financer du matériel plus performant prouve que l’on se donne les moyens de réussir mais surtout, les banques rechigneront à prêter de l’argent juste pour régler des problèmes de trésorerie. » Garder également à l’esprit que, pour obtenir de l’argent, il n'y a pas que les banquiers. Il existe de nombreux organismes octroyant des prêts sur l’honneur sans intérêt (comme les plates-formes d’initiatives locales) ou des microcrédits pour des personnes exclues du système bancaire (comme l’Adie, l’Association pour le droit à l’initiative économique).

3-Trouver des clients.

Le plus important, c’est de savoir clairement à quelle clientèle l’activité s’adresse : « Quand on pose cette question aux créateurs, la plupart nous répondent “ tout le monde ” Or, on ne s’adresse pas de la même façon à une clientèle de particuliers ou de professionnels », souligne la BGE. C’est donc seulement une fois la cible clairement définie que l’on pourra mettre en place une politique commerciale efficace. Par exemple, un spécialiste du ravalement de façade pourra démarcher directement en porte-à-porte tandis qu’un plaquiste pourra se fier aux derniers permis de construire délivrés. Pour décrocher ses premières commandes, rien ne vaut le bouche-à-oreille : « Faire fonctionner le réseau professionnel et personnel est efficace : ne pas hésiter à parler de son activité à ses anciens employeurs, ses collègues, ses amis et sa famille », conseille Dominique Lourme de la CCI de Lens. Pour se familiariser avec le marketing, la Chambre des métiers propose un atelier intitulé « Créer, cibler, diffuser ses publicités avec un budget réduit ». Mais attention « toute publicité est interdite avant l’immatriculation officielle, rappelle Marcel Delcroix, directeur d’Emergences 62. Nous conseillons alors de rencontrer les prescripteurs et de récupérer des lettres d’intention ».

4-Gérer au quotidien.

Un seul mot d’ordre : être or-ga-ni-sé ! Les accompagnants de la BGE ont beau conseiller de mettre en place des « tableaux de bord », très peu les écoutent. Résultat : certains créateurs ne connaissent même pas leurs prix de revient et encore moins leur chiffre d’affaires ! « Pourtant, il existe de nombreux outils très simples d’utilisation. On peut commencer par exemple avec un tableur comportant quatre colonnes pour les devis, les relances, les factures et les dépenses », indique Stéphanie Bekaert. Et même si l’artisan fait appel à un comptable, la règle de bon sens, c’est de ne pas tout déléguer : cela permet d’avoir un regard sur la gestion au quotidien.
L’organisation du temps de travail ne doit pas être non plus prise à la légère. Certes, quand on est artisan, on ne compte pas ses heures mais il faut quand même savoir mettre des limites, au risque d’être rapidement débordé et de passer à la trappe la paperasse administrative comme la comptabilité, l'URSSAF, la prévoyance-retraite, le régime social des indépendants… Si c'est votre cas, la formation « Comptabilité, gestion, management de l’entreprise : améliorer son organisation administrative et comptable » de la chambre régionale des métiers est faite pour vous !

Gaëtane Deljurie

 

Inondations et incendies peuvent se traduire par une lourde perte de chiffre d'affaires.

S’assurer d’assurer

Un dégât des eaux, un vol, un bris de glace ou un accident peuvent rapidement tourner à la catastrophe. D’où l’intérêt d’assurer l’entreprise et son personnel mais également le chef d’entreprise lui-même : « Les artisans ont souvent la tête dans le guidon et ne perçoivent pas l’ensemble des risques encourus, comme l’impossibilité de travailler par exemple », explique Olivier Mazioux, directeur régional de Maaf Assurances Nord. Plus facile à dire qu’à faire. Car souvent, les artisans doivent montrer patte blanche, en justifiant de leurs diplômes et de leur expérience. Sans compter que selon les spécialités, comme la maçonnerie par exemple, ils pourront avoir à débourser une petite fortune ! Pire : aujourd’hui, il est quasiment impossible de trouver une assurance décennale d’étanchéité sur le marché. Le créateur devra alors s’adresser au Bureau central de tarification qui obligera un assureur à le protéger. En contrepartie, il sera assuré... de payer le prix fort !

G.D


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