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Les femmes en recherche d’emploi ne doivent pas hésiter à tenter leur chance dans l’industrie. D’ici cinq ans, 3 000 postes seront à pourvoir dans le Nord-Pas-de-Calais. |
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L'industrie en manque de (wonder)bras
D’un côté, des industries lourdes en pénurie de main-d’œuvre. De l’autre, des femmes au chômage. Il est temps de réunir ces deux populations, pas assez conscientes de leurs affinités.
« Recrute tourneuse-fraiseuse », « cherche opératrice de production », « embauche soudeuse polyvalente »... Ces annonces vous paraissent insolites ? Pourtant, si elles n’étaient pas discriminatoires (de par l’emploi exclusif du féminin), ces offres d’embauche finiraient par envahir les pages emploi des magazines.
D’ici cinq ans, quelque 3 000 postes seront à pourvoir dans l’industrie régionale. Or, plusieurs branches d’activités, comme la sidérurgie ou le bâtiment, peinent à recruter. Depuis peu, leurs ressources humaines essaient donc de séduire les femmes, largement sous-représentées dans ces métiers qu’elles imaginent - à tort - réservés aux mâles musclés.
Dans la métallurgie, le taux de féminisation ne dépasse pas 10 %. 9 % dans le bâtiment (1,5 % sur les chantiers). « Pourtant, avec les progrès réalisés dans l’automatisation et l’organisation des postes de travail, la force physique n’est plus une nécessité », estime Séverine Brasseur, conseillère “Jeunes industrie” à l’Union des industries et métiers de la métallurgie Artois-Douaisis.
Tailleur contre bleu de travail. Mais les préjugés ont la vie dure. « Les filles se dirigent moins vers des filières scientifiques et techniques. On le constate clairement sur Dunkerque, où le taux d'emploi des femmes n'est que de 13 % contre 28 % dans la moyenne nationale. Or, c'est un bassin où l'industrie représente 31 % des salariés du privé, contre 20 % en France », indique Eva Escandon, PDG de SMSM, une PME du littoral spécialisée dans la chaudronnerie. « Les disparités sont très fortes dans la région. Les femmes sont plus discriminées sur les bassins industriels », confirme Dominique Lemaire, chargée de projet au Corif, le Collectif régional pour l'information et la formation des femmes.
Alors comment leur ouvrir les portes des ateliers et les inciter à troquer tailleurs et blouses blanches contre des bleus de chauffe ? C’est la mission d’Eva Escandon, qui préside les Elles de l'industrie, une association œuvrant pour l'intégration des femmes dans les métiers industriels sur le littoral dunkerquois. « De nombreux freins et stéréotypes persistent sur ces métiers », affirme-t-elle.
« Le problème est culturel. La difficulté ne vient pas seulement des entreprises, mais aussi des familles qui ne favorisent pas l’orientation des jeunes filles vers les formations techniques », confirme Nicolas Boone, responsable des ressources humaines de la société CMP Dunkerque, spécialiste de la chaudronnerie. « Les filières évoluent mais restent encore, pour les industries comme la nôtre, très masculines. Quand nous faisons une offre sur un poste, nous avons très peu de candidates. Même si la situation change peu à peu : il y a de plus en plus de jeunes filles parmi les classes techniques qui viennent visiter l'atelier », constate-t-il. Pour féminiser leur secteur, trois branches traditionnellement “masculines” et en manque de bras, le BTP, le transport et la métallurgie, multiplient les actions dans le Nord-Pas-de-Calais. « Nous faisons de la sensibilisation dans les collèges et lycées pour que nos métiers soient mieux connus. La chaudronnerie, on en a besoin dans l’automobile, le ferroviaire, les téléphones portables, les ordinateurs… Mais personne ne le sait », déplore Séverine Brasseur.
Bousculer les habitudes. Poussées par leurs fédérations, quelques entreprises ouvrent leurs portes aux représentantes du ”sexe faible”. A Petite-Synthe, CMP a ainsi lancé la féminisation de ses effectifs en 2007, à l'occasion d'une campagne de recrutement menée avec Triselec, une société d'économie mixte qui propose des parcours de réinsertion. « Nous avions décidé de faire notre recrutement sur le savoir-être, plus que sur la formation et les compétences. Nous avons ainsi recruté quatre hommes et une femme », détaille Nicolas Boone.
Cette embauche a bousculé les habitudes : « Nous avons interrogé les représentants du
personnel pour être sûrs de notre recrutement ». Pourquoi s'être posé la question ? « Parce que ça peut être compliqué d'intégrer une femme dans un milieu d'hommes. Et aussi parce que certains postes, où l’on peut être obligé de porter des charges allant jusqu'à 30 kilos, sont très physiques. Mais au final, dans notre entreprise, sur 104 postes, 90 % peuvent être occupés par des femmes ».
Depuis, l'opération a été renouvelée et CMP en a profité pour signer un contrat de mixité avec l’Etat, donnant droit à des aides financières pour réaliser des aménagements spécifiques de locaux, payer des formations... CMP accueille aujourd'hui cinq femmes au sein de l'atelier, et leur a même aménagé un vestiaire réservé.
Plus minutieuses. De même, chez GTS Industries, une entreprise sidérurgique du Dunkerquois, l’effectif féminin est passé de 7 % à 15 % du total en seulement cinq ans, principalement sur des postes techniques traditionnellement masculins. La discrimination n'avait plus lieu d'être, pour Jean-Pierre Bommel, le directeur administratif et financier de l'entreprise. « Le seul vrai frein a été levé début 2000, avec la loi autorisant le travail de nuit des femmes. Le travail en sidérurgie est de moins en moins physique, de plus en plus technique », explique-t-il. Il n’y a donc plus aucun frein à ce que la mixité devienne réalité. « De toute façon, il n'y a pas le choix, insiste Nicolas Boone. Les entreprises ne peuvent plus se passer de ces compétences ».
Sur certaines opérations nécessitant précision et minutie, les femmes seraient même souvent plus performantes que leurs homologues masculins. Pour les machos qui en douteraient encore : lors des dernières Olympiades des métiers qui se sont déroulées l’an dernier à Lille, la médaille d’or de l’épreuve de soudure a été remportée par une fille. Une première depuis la création de la compétition.
Virginie Lepetit
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